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ER 05/12/15 : L'art de renaturer les sols

A Rarécourt, 60 ha sont déjà exploités depuis 2 ans selon sur les bases de l'Agriculture dite de Conservation des Sols. Un article de l'Est républicain du 05/12/15 met en avant cette technique dans le cadre de la COP21. (Article ER ci-dessous)

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À Mamey sur ses champs, Charles Aubriot préserve la biodiversité des sols en maintenant une couverture végétale permanente.  Photo ER.Réchauffement climatique - A Paris, la Cop 21 met en avant le rôle important de l’agriculture pour piéger le carbone. En Lorraine une association pionnière développe une pertinente solution : Faire respirer la terre.

À Mamey sur ses champs, Charles Aubriot préserve la biodiversité des sols en maintenant une couverture végétale permanente. (Photo ER).

Nancy. « Nous sommes le seul organisme agricole de France qui tient un stand au Bourget durant toute la durée de la Cop21...». Céréalier installé à Mamey, dans le Toulois, Charles Aubriot vient de rentrer de la conférence onusienne où il a passé deux jours à expliquer l’objectif de l’Association pour la promotion d’une agriculture durable (APAD) dont il est le vice-président pour le Nord-Est. « Une riche expérience », précise-t-il « surtout ces nombreux contacts avec des paysans de pays étrangers où le système agroécologique que nous préconisons a été adopté depuis longtemps ». Cette méthode culturale privilégie la conservation des sols. Rien de très original : à travers le monde, plus de 130 millions d’ha sont cultivés ainsi. Mais en France, à peine 2 % des exploitants l’ont adoptée alors qu’il est temps de revoir une copie à bout de souffle. Trop travaillé, sous perfusion d’engrais et autres fongicides, le plancher des vaches de nos terroirs est au bord de l’asphyxie. Dans les régions de culture intensive, le taux de matière organique moyen a été divisé par deux. Déstructurés, les sols ne retiennent plus l’eau de pluie et ne captent plus de carbone. Pourtant, la solution existe. Dans le cadre de la Cop21, le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll a lancé le programme 4 pour 1000 qui vise à augmenter le taux de CO2 capté par la glèbe à raison de 4 grammes de C02 pour un kilo de sol. Autrement dit, redonner à la terre son pouvoir de séquestration du principal gaz à effet de serre. Une vertu que des années de course au productivisme ont annihilée.

Semis direct

La démarche de l’APAD est basée sur le volontariat et surtout l’émulation. « Dans notre métier, l’isolement est un danger. Il faut recréer des liens entre paysans, alors pourquoi pas avec ce type d’initiative ? », souligne Michel Grojean, un agriculteur à la retraite de Villey-Saint-Etienne très engagé dans le mouvement. Actif depuis 1998, celui-ci regroupe pour l’instant 400 fermes dans l’Hexagone, dont une vingtaine pour le Grand Est. « L’antenne régionale de l’association n’a été créée qu’en mars dernier et il faut du temps pour sensibiliser les paysans », sourit Charles Aubriot. Sur ses terres, il a bien entendu mis en pratique la technique du semis direct sous couverts végétaux vivants qui permet de réduire les intrants et de limiter l’érosion tout en obtenant des rendements très corrects. Autres gains induits : moins de fongicides épandus et des solides économies sur le poste carburant des engins agricoles. Chez ce céréalier, les lombrics, les carabes et le cortège des micro-organismes utiles à la croissance des plantes se sont remis au travail. Toute une biodiversité réapparaît, la terre respire mieux, ingère et digère ce fameux CO2 qui pose problème. Mais la couverture végétale permanente du sol a aussi ses effets inverses en offrant le gîte et le couvert aux ravageurs des cultures, campagnols en tête. Hors de question pour Charles d’employer un rodenticide chimique. « J’ai replanté des haies et des piquets d’affût dans mes champs afin d’attirer les rapaces et je fais confiance au renard : un seul peut éliminer 6.000 rongeurs en une saison ». Reste à séduire un monde rural encore sceptique. Charles le sait : « Avant de décompacter les sols, il faut déjà décompacter les têtes »…

Patrice COSTA

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