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lavoir rue de la lorraineLavoir et abreuvoir (rue de la Lorraine)

 

Depuis le lavoir à l'angle de la rue de l'église et de la rue de la Lorraine on a un beau point de vue sur l'église. Ce lavoir est le plus haut du village.

Extrait de "Au pays meusien, moeurs et coutumes locales" de Georges Lionnais (1912):

"Autrefois, dans notre bon pays lorrain, le jour du Vendredi-Saint était sacré pour les lessiveuses. C'était une sorte de... premier mai d'aujourd'hui.

S'il faut en croire la légende, pas une de nos vieilles mères-grand n'aurait osé, ce jour-là, mettre les pieds au lavoir.

Or donc, il advint une fois qu'une paysanne, moins superstitieuse que les autres, se permit d'aller au matin d'un Vendredi-Saint, laver quelques affaires à la fontaine du village. En arrivant, elle aperçut une femme qui était assise dans un coin rempli d'ombre.

Tout en lavant, notre brave paysanne se demandait, non sans un brin de frayeur, quelle pouvait être cette personne immobile dans l'obscurité.

De temps à autre, elle jetait un regard furtif sur la mystérieuse créature, qui, décidément, paraissait plongée dans un profond sommeil.

C'est alors que, jugeant prudent de ne point rester en telle compagnie, elle se décida à regagner sa maison, sans tarder. Mais, comme elle se levait, la femme mystérieuse demanda tout à coup:

"-Où vas-tu, Jeanne-Marie ?

-Je vais chercher du savon, répondit la lessiveuse."

Et sans attendre une nouvelle question, l'âme remplie de frayeur, elle quitta le lavoir en se promettant bien de n'y point revenir.

A peine était-elle rentrée que, soudain, elle entendit frapper violemment à la porte. Toc ! Toc...

Une voix se fit entendre en même temps du dehors.

"-Eh bien ! Jeanne-Marie, tu ne reviens pas laver ?

-Non, répond la paysanne, car mon homme est malade; il faut que je reste près de lui.

-Tu as de la chance, répondit la voix, car si tu étais revenue, je t'aurai tordu le cou sens que devant derri, pour t'apprendre à venir buer le jour du Vendredi-Saint!..."

Il paraît que depuis cette étrange aventure, l'on ne revit jamais l'étrange apparition en nos lavoirs de Lorraine, même au matin du Vendredi-Saint."

Cette légende s'apparente à celle de la "lavandière de la nuit". Cet être surnaturel de mauvais augure est présent dans le folklore irlandais et écossais et revient dans de nombreuses légendes de l'ouest à l'est de la France, et jusqu'en Suisse Romande. Il est assimilé à un revenant qui se fait le gardien des interdits religieux. Parfois ce personnage est décrit sous la forme d'une énigmatique dame blanche qui vient laver les linceuls des morts, comme chez nos voisins alsaciens.

Texte et photographies: Marianne AMORY